L’Acacia et le Néré en mission au Togo

L’Acacia et le Néré en mission au Togo

 

 De gauche à droite, toute l'équipe de l'Acacia et le Néré en partance pour la mission 2019 : Philippe Lebé, Benoît Bourin, Baptiste Bienvenu, Xavier Rousseaux, Audrey et Stéphane Boly. (Photo B. Bourin).

De gauche à droite, toute l’équipe de l’Acacia et le Néré en partance pour la mission 2019 : Philippe Lebé, Benoît Bourin, Baptiste Bienvenu, Xavier Rousseaux, Audrey et Stéphane Boly. (Photo B. Bourin).

Xavier Rousseaux, adhérent de L’Acacia et le Néré, nous livre quelques impressions de la mission de janvier 2019 de l’association, sous forme de portraits des personnes rencontrées qui l’ont marqué.
Mais d’abord, Xavier nous raconte comment s’est construit L’Acacia et le Néré et comment lui en est venu à ce voyage au Togo…

Au-delà de ces quelques mots et photos, qui je l’espère vous plairont, mon but est  de « faire parler » (de) ces acteurs, laïcs, religieux, engagés, motivés, courageux…qui œuvrent souvent dans le plaisir et la joie, parfois dans la douleur, le doute et la fatigue. De les remercier et aussi de les encourager !

L’Acacia et le Néré : la création d’un homme

En 2007, Benoit Bourin décide d’emmener son fils ainé, Ezéchiel, à Dapaong pour le récompenser de sa première année de médecine et ainsi lui « faire découvrir l’Afrique ».
En effet, de 1984 à 1986, Benoit fut Volontaire du Progrès dans cette région du nord Togo afin de participer à la réalisation de puits et de barrages. Un projet financé par le Fond d’Aide à la Coopération (venu du ministère, c’est à dire de nos impôts…). En 1983, il était venu me rendre visite à Guibéroua (Côte d’Ivoire) où j’étais moi aussi, Volontaire du Progrès.

Entre 1986 et 2007, Benoît s’installa comme agriculteur en Gaec, à la Neuville-en-Tourne-à-Fuy (Ardennes), notre village, se maria, eut trois enfants, s’engagea à la Confédération Paysanne, devint diacre… Vingt ans plus tard, donc, il eut la chance de retrouver des paysans togolais et décida de les soutenir dans leurs projets.

Depuis, au rythme d’une mission par an – avec ou sans Benoît – L’Acacia et le Néré se rend dans cette région de savane pour rencontrer ses habitants, les Mobas, faire le point sur les actions, étudier de nouveaux projets, faire découvrir cette région aux accompagnants, construire du lien…

Avec une trentaine de membres en 2019, un budget de 30 000 € par an environ (vente des savons de Joséphine, vente de pommes de terre bio…), l’association a tissé des liens avec de nombreux partenaires, catholiques ou laïcs.

 Introduction au Togo

Le Togo, ce petit pays tout en longueur coincé entre le Ghana, le Benin et le Burkina, abrite une zone de forêt chaude et humide au sud qui devient progressivement paysage de savane arborée puis plus sèche en remontant vers le nord.

Après la colonisation, allemande puis française, le Togo devint indépendant en 1960 et demeura 38 ans sous le joug du dictateur Gnassingbé Eyadema. C’est actuellement son fils, Faure Gnassingbé, qui dirige le pays depuis 2005, alors que l’élection fit des milliers de morts. Il tentera encore en 2020, de se présenter pour un quatrième mandat. Officiellement le multipartisme existe, la preuve on compte 114 partis !!!

 La Région des Savanes

Coincée tout au nord-ouest du pays, la Région des Savanes fut assez ignorée du pouvoir

Le groupe accueilli dans la région des Savanes. (Photo X. Rousseaux)

Le groupe accueilli dans la région des Savanes. (Photo X. Rousseaux)

central et doit son développement, en grande partie, aux institutions catholiques, (ainsi qu’aux mouvements des Maisons Familiales Rurales et des Volontaires du Progrès) qui s’y implantèrent à partir des années 1960. Une longue saison sèche, puis une saison des pluies de juin à septembre permettent de mettre en terre le mil, le sorgho, le maïs…Cochons, pintades, poules, chèvres déambulent dans les villages. Dapaong est la grande ville de cette région.

Notre mission 2019

Un programme complet a été élaboré par Benoit avec visites, rencontres, tourisme…  chaque jour dans de nombreux domaines. Je choisis de vous raconte les rencontres les plus pertinentes.

Marja au travail. (Photo X. Rousseaux)

Marja au travail. (Photo X. Rousseaux)

Marja fut le premier paysan à retrouver Benoit en 2007, à Tentoatre, un village proche de Dapaong.  Son envie d’élaborer des projets maraîchers a poussé à le soutenir par des dons de graines, des prêts ou dons, notre présence…
Première visite. L’arrivée ce lundi 14 janvier au matin est un événement! Quel accueil! Quel enthousiasme! Une vingtaine de femmes dansent au son des tam-tams, l’assemblée des hommes est là, à nous serrer la main, nous souhaiter la bienvenue… On s’assoit, on nous offre une calebasse d’eau, on fait les salutations, on se présente devant les chefs, et on remplit abondamment notre calebasse de tchapalo – délicieuse bière de mil élaborée par les femmes.
Nous sommes bien installé à l’ombre de l’apatam et dégustons littéralement ce spectacle… Et la bière.
On en sort une heure après pour se cogner au soleil et aller voir les champs de Marja. Les puits et une pompe, lui permettent d’avoir de l’eau pour ses différentes planches de tomates, oignons, carottes… Et pour se protéger des animaux et des chapardeurs il a construit des murs de protection, à la main, la pelle et la daba.

Les champs de Marja. (photo X. Rousseaux)

Les champs de Marja. (photo X. Rousseaux)

Nous saluons au passage les quatre professeurs du collège « fait main » qui enseignent dans les quatre classes (c’est très simple… ). Puis nous nous installons dans sa concession, chacun sa case : le papa, la maman, les garçons, les filles, le stock, la vache, les poules, les chèvres et les pintades. Les filles de Marja, Martine et Catherine – accompagnatrices permanentes et adorables – nous servent le repas : pâte de haricots, riz-sauce, viande (du luxe) …et des bières.

Joseph : dans ce même village, nous reçut après la messe et de la même manière trois jours plus tard. Après une licence d’anglais Joseph décide de faire une formation agro-pastorale-écologique Songhaï au Bénin (Cf. Songhaï.org) afin de s’installer au village, de trouver des subventions et de développer des projets plus innovants et plus respectueux de la Nature.
Comme il le dit « J’ai plus appris en six mois de stage là-bas qu’en trois ans à l’université ». Il a lancé un élevage de porcs en box, en choisissant le reproducteur et les truies. En proposant une alimentation à base de résidus de céréales, il obtient une croissance plus rapide et des porcs de meilleure qualité. Il envisage de développer maintenant un élevage de pintades. Il reboise également les alentours de ses terres. L’acacia et le Néré soutient financièrement Joseph.

Salifou de « Songou man » : « L’ombre est bonne » en Moba, et c’est vrai.  A homme

Salifou. Photo X. Rousseaux)

Salifou. Photo X. Rousseaux)

exceptionnel, Salifou, correspond cette association dynamique.
C’est une association à base communautaire spécialisée dans les pépinières d’arbres et le reboisement. Depuis 2007 elle a fait du reboisement communautaire et familial doublé de compostage,de la réhabilitation des forêts villageoises son cheval de bataille pour une agriculture durable.  La consécration est venue avec l’obtention du Prix Equateur 2014 pour la gestion durable des terres en Afrique Subsaharienne.
Toujours ce grand sens de l’accueil, des salutations, de la pose sous le manguier, du dialogue parfois vif, nous avons passé une matinée à être reçu et visiter les plantations d’arbres, les champs maraichers…

Joséphine et Benoît ont monté ensemble "Les savons de Joséphine" dont une partie des bénéfices va à Vivre dans l'Espérance. (Photo X. Rousseaux)

Joséphine et Benoît ont monté ensemble « Les savons de Joséphine » dont une partie des bénéfices va à Vivre dans l’Espérance. (Photo X. Rousseaux)

Joséphine des « Savons de Joséphine » : Ahhh le secret de fabrication du grand-père ! (Ancien militaire voltaïque avec les colons allemands). Joséphine tient de celui-ci l’élaboration d’un savon à base de karité et de douze plantes récoltées dans la savane. Grace à l’association ardennaise, elle en commercialise en France depuis 10 ans et plus de 11 000 savons ont réglé des problèmes de démangeaisons, de psoriasis, de petits boutons… produit bio bien sûr !
Anecdote : c’est en découvrant ces savons que Victor Rouault en école d’ingé à Beauvais, a découvert l’association et effectue en ce moment six mois de bénévolat à Dapaong avec Songou Man, entre autres. Il fait preuve d’une merveilleuse intégration.

Martin : Rencontre d’un soir sous le manguier et avec quelques boissons, Martin nous fait part de son engagement avec Justice et Paix auprès des prisonniers de droit commun à Dapaong. La prison de 150 places héberge plus de 300 personnes. Il y rencontre des hommes qui sont là depuis trois ans, cinq ans ou plus… en attente de jugement. Si la famille n’apporte pas les repas, la prison n’en fournit pas!
Cet homme courageux et d’une grande sagesse nous parle aussi du droit coutumier où la femme n’a pas accès à l’héritage, d’où des situations désespérées en cas de veuvage. Il parle aussi de la sorcellerie, encore bien présente au village, également de la situation politique du Togo.

Vivre dans l’Espérance

Quelle structure, quelle organisation ! Impressionnant! Crée il y a vingt ans par Sœur

Soeur Marie Stella.Photo

Soeur Marie Stella.Photo

Marie Stella qui, désespérée de voir mourir du HIV son frère, dans une indifférence sociale et affective énorme, met en place une structure d’accueil pour les enfants orphelins porteurs du sida, ou pas.

Maintenant ce sont plus d’une dizaine de structures, 50 salariés et un budget annuel de 240 000 millions de francs CFA (soit 360 000 €) qui œuvrent contre le sida et la pauvreté et pour la dignité humaine et la spiritualité.

Infatigable, cette riche femme de cœur n’hésite pas à lancer de nouveaux projets, investissements, solliciter la générosité, écouter… et même danser en buvant une bière!
On la retrouve au Forum Mondial pour la Paix, sur RCF, sur Le Point, à Bayard Presse…

Autour de cette structure administrative  nous trouvons :
– L’orphelinat ou Maison Familiale Sainte-Monique accueille 70 filles en permanence et la directrice, une salariée, Mama Rita).
– L’orphelinat Saint-Augustin rassemblant 40 garçons sous la houlette d’une femme responsable.

Le Centre Maguy, tout neuf et fonctionnel, en janvier 2019. (Photo X. Rousseaux)

Le Centre Maguy, tout neuf et fonctionnel, en janvier 2019. (Photo X. Rousseaux)

-Le centre de soins Maguy spécialisé dans l’accueil des séropositifs et la fin de vie. Mais qui est en train de devenir une clinique généraliste avec une maternité.
– Une ferme avec du maraichage, de la pisciculture, de la spiruline, de l’élevage cochons, poulets… Et avec un forage profond fonctionnant avec une pompe solaire !
– Une cantine pour les enfants malades scolarisés.
– Un atelier d’apprentissage de la couture.
– Un centre de vente de produits artisanaux.
– Une structure administrative de gestion des dons du suivi des parrainages que nous pouvons faire pour les enfants, victimes directes ou indirectes du HIV et de la misère.
– Des acteurs sanitaires et sociaux qui vont au village et en ville rencontrer les malades du sida (plusieurs centaines…) qui peuvent se retrouver en grande solitude ou détresse.
– Une maison de vie, La Fraternité pour des laïcs en recherche spirituelle, encadrés par des sœurs.
-L’action la plus médiatisée : Solichœur qui comporte 20 jeunes choristes et danseurs de l’association. Ils ont parcouru la France durant trois semaines (Paris, St Amand, Angers, Lyon, Reims, Rethel…) cet automne pour des concerts gospel de très grande qualité, afin de récolter des fonds pour l’éducation de l’ensemble des enfants des orphelinats.

Clin d’oeil spécial à la Maison familiale Sainte-Monique :
Son ambiance et son fonctionnement nous ont stupéfiés. Une personne extraordinaire, Mama Rita (Autrefois Aïcha, ex-directrice d’école…) s’occupe de plus de 70 filles orphelines âgées de 2 à 17 ans. Quelle organisation! les grandes sont « petites mamans » et pouponnent un enfant plus jeune. Lever à 6 heure, douche, repas, et hop à l’école. Même accompagnement et affection le soir ; avec temps de prière pour celles qui le souhaitent.
La bonne ambiance règne dans l’échange, le partage des taches, le jeu, les djembés…Impressionnant!

Merci à Benoit, l’organisateur, Philippe l’africain qui s’ignorait, amateur de la bière Flag, Audrey « la Mama »qui prit soin de tous, Baptiste notre prieur bienveillant, Stéphane embarqué dans l’aventure et heureux de celle-ci…de m’avoir entouré durant cette aventure.

Pas de développement sans argent ! Alors si « le cœur vous en dit », n’hésitez pas,

n’attendez pas…
-Un petit geste : chèque à l’ordre de  L’acacia et le néré
21 rue des Remparts
08310  La Neuville en Tourne A Fuy

-Un grand geste : le parrainage d’un enfin orphelin HIV 20€ par mois . Cliquez ici pour voir le bon de parrainage.

 Xavier Rousseaux

Xavier (au centre, au fond) et les enfants de Sainte-Monique. (Photo D. R.)

Xavier (au centre, au fond) et les enfants de Sainte-Monique. (Photo D. R.)


Source: Blog du Pèlerin L’Acacia et le Néré en mission au Togo